Des vies plus longues pour les végétariens?

« Un régime végétarien pourrait être la clé d’une longue vie », selon le Daily Telegraph. Le journal indique que les régimes extrêmes « juste au-dessus des niveaux de malnutrition » pourraient ajouter 25 ans supplémentaires à l’espérance de vie au Royaume-Uni.

Les nouvelles sont basées sur une étude qui étudie exactement ce qui mène à la vie prolongée et à la fertilité réduite vu chez les mouches nourries avec un régime très restreint en calories. L’étude a suggéré que c’était le bas niveau de certains acides aminés (blocs de construction de protéine) dans le régime qui était responsable des effets du régime restreint.

Il serait beaucoup plus difficile de contrôler un régime humain de cette manière, et même si c’était possible, les effets sur la durée de vie et la fertilité pourraient ne pas être les mêmes. De même, cette étude sur les mouches ne peut pas nous dire si un régime végétarien peut augmenter la durée de vie chez les humains. Nous avons tous besoin de manger des aliments qui contiennent des protéines, que nous soyons végétariens ou non. Les individus devraient viser une alimentation équilibrée s’ils veulent rester en bonne santé.

D’où vient l’histoire?

Le Dr Richard C Grandison et ses collègues de l’University College London ont mené cette recherche. L’étude a été financée par le Wellcome Trust et Research into Aging. L’étude a été publiée dans la revue scientifique à comité de lecture Nature.

De quel type de recherche s’aggissait-t-il?

Ce fut la recherche sur les animaux qui examine quels aspects d’un régime hypercalorique augmentent la durée de vie de la drosophile (Drosophila). Des recherches antérieures ont montré qu’une alimentation restrictive peut augmenter la durée de vie de divers micro-organismes et animaux, y compris les primates. Le régime améliore la santé des animaux plus âgés, mais réduit également la fertilité. Les chercheurs ont voulu déterminer si ces effets étaient causés par l’équilibre spécifique des nutriments plutôt que par la restriction calorique. Pour ce faire, ils ont examiné comment l’ajout de différents nutriments dans le régime restreint affectait la durée de vie et la reproduction chez les mouches.

Des animaux tels que les mouches des fruits jouent un rôle utile dans la recherche scientifique, car ils ne vivent généralement pas très longtemps. Cela permet aux chercheurs d’évaluer l’impact de différents environnements sur la durée de vie sur une courte période. Cependant, les modes de vie humains et la durée de vie sont très différents de ceux des mouches. Par conséquent, les découvertes chez les mouches peuvent ne pas être applicables aux humains.

La meilleure façon de tester si un régime végétarien augmente la durée de vie humaine serait une étude de cohorte prospective suivant les végétariens et les non-végétariens au fil du temps pour voir combien de temps ils ont vécu. Même ce type d’étude aurait des limites de conception, en ce sens qu’il faudrait prendre en compte d’autres différences entre les végétariens et les non-végétariens.

Qu’est-ce que la recherche implique?

Les chercheurs ont nourri les mouches d’un régime alimentaire extrêmement faible en calories qui contenait juste assez de chaque composant pour s’assurer qu’ils n’étaient pas mal nourris. Ils ont ensuite testé si la réintroduction de divers nutriments dans ce régime restrictif affectait la durée de vie et la fertilité (mesurée par la quantité d’œufs pondus).

Les nutriments ajoutés comprenaient des vitamines, des lipides, des glucides et des acides aminés (les éléments constitutifs des protéines). Les chercheurs ont également examiné les effets de l’ajout d’acides aminés non essentiels, que le corps peut fabriquer lui-même, et des acides aminés essentiels, que le corps ne peut obtenir que par l’alimentation. Ils ont également examiné les effets des acides aminés individuels.

Quels ont été les résultats de base?

Les chercheurs ont constaté que:

L’ajout d’acides aminés au régime hypocalorique réduit la durée de vie mais augmente la fertilité des mouches (ils pondent plus d’œufs).

Les mouches qui mangeaient un régime hypercalorique et des acides aminés ajoutés avaient une durée de vie similaire à celle des mouches nourries avec un régime normal et plein de calories. Aucun autre nutriment ajouté (vitamines, graisses ou glucides) n’a eu cet effet.

Les acides aminés non essentiels diminuent légèrement la durée de vie mais n’ont aucun effet sur la fertilité.

L’ajout des acides aminés essentiels a considérablement réduit la durée de vie, le réduisant de la même manière qu’un régime alimentaire complet. Les acides aminés essentiels ont également augmenté la fertilité.

Les chercheurs ont découvert que l’acide aminé essentiel méthionine était spécifiquement responsable de l’augmentation de la fertilité à des niveaux normaux. Cependant, cela n’a pas affecté la durée de vie. L’ajout d’autres acides aminés essentiels à l’alimentation n’a pas affecté la durée de vie.

Comment les chercheurs ont-ils interprété les résultats?

Les chercheurs concluent que l’effet d’un régime restreint sur la durée de vie et la fertilité des mouches peut être attribué aux faibles niveaux d’acides aminés essentiels qu’il contient. Ils disent également que chez les mammifères, un équilibre approprié de nutriments dans l’alimentation peut entraîner la même durée de vie prolongée offerte par une restriction alimentaire, mais sans la réduction inhérente de la fertilité qui l’accompagne.

Conclusion

Le Daily Telegraph reconnaît que cette recherche portait sur les mouches des fruits, mais elle exagère les implications que cette recherche pourrait avoir pour les humains. Les mouches des fruits jouent un rôle utile dans la recherche scientifique sur la durée de vie, mais ne sont évidemment pas représentatives de l’homme. Ces types d’études sur les mouches sont généralement effectués comme une première étape pour éclairer la recherche future, et pour aider à étudier les théories qui sont difficiles à étudier chez les humains. Par exemple, manipuler l’alimentation de cette manière chez les humains est peu susceptible d’être réalisable ou éthique.

Cette étude ne peut pas nous dire si un régime végétarien peut augmenter la durée de vie chez les humains, comme l’ont suggéré les articles de journaux. Une meilleure façon de tester cette affirmation serait de suivre les végétariens humains et les non-végétariens au fil du temps pour surveiller leur durée de vie.